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24 - 11 - 2009

Le plomb remonte á  la surface. Le monde sul film La prima linea

LE MONDE | 23.11.09
 par Philippe Ridet


n choisissant ce slogan : "Le film dont tout le monde parle et que personne n'a vu", l'agence de promotion du film La Prima Linea ("La Première Ligne"), consacré á  la cellule terroriste du máªme nom, ont misé davantage sur les polémiques qui ont précédé sa diffusion que sur le "produit" lui máªme.

Adapté d'un livre de Sergio Segio (membre de ce groupe terroriste d'extráªme gauche, condamné en 1984 á  trente ans de prison pour meurtre), ce long métrage, sorti vendredi 20 novembre - soit le lendemain de la décision de la Cour supráªme brésilienne d'extrader l'ex-activiste Cesare Battisti -, a rassuré ceux qui redoutaient une apologie de la lutte armée ou une ode au romantisme de l'engagement.

En Italie, tout film ou livre consacré au terrorisme des années de plomb provoque toujours un vif débat, incompréhensible pour qui ne garde pas en mémoire les centaines de morts provoqués par les extrémistes de gauche et de droite. Toute tentative de romancer l'histoire, de la médiatiser, est par avance jugée comme une possible trahison ou une tentative de révisionnisme au service d'un camp ou d'un autre.

A ces querelles habituelles entre droite et gauche s'est ajoutée cette fois la question de savoir si les institutions, á  travers les aides publiques á  la création, pouvaient cofinancer des oeuvres évoquant les "années de plomb".

Ainsi, dès les premières prises, en février 2009, les proches des personnes assassinées ont fait savoir leurs craintes, s'alarmant du fait que Sergio Segio ait été consulté par les scénaristes. Le fils du juge Emilio Alessandrini, exécuté par le groupe Prima Linea, a demandé que la ville de Milan, oú ont été tournées certaines scènes, ne parraine pas le film, comme il est d'usage pour les oeuvres en partie réalisées dans la capitale lombarde.

C'est ensuite la fille d'un journaliste assassiné du Corriere della sera, Benedetta Tobagi, qui s'est alarmée de la beauté de Riccardo Scamarcio : "Ainsi aurons-nous un terroriste élégant et bellá¢tre." Dans ce contexte, le conseil municipal de Milan suspendait ses subsides. Prudent, Sandro Bondi, le ministre de la culture, renvoyait á  la sortie du film le moment de décider de lui accorder un financement public, tout en s'y disant "personnellement" hostile. Une fois encore, une partie des Italiens semblait refuser á  la fiction la possibilité de dire le réel, de rendre hommage á  la douleur des uns sans trahir la sincérité - fá»t-elle criminelle - des autres.

Coproducteur du film avec son frère Jean-Pierre, Luc Dardenne s'étonne de cette polémique dans un pays oú, dit-il "le cinéma a toujours été en prise avec le réel et avec la politique". "J'aurais pu partager les craintes de ceux qui redoutaient une vision romantique de l'engagement. Mais j'ai également trop bien compris le sous-texte électoral de la décision du ministre de la culture", explique-t-il. M. Bondi est également coordinateur du mouvement politique de Silvio Berlusconi, Le Peuple de la liberté.

Pour éviter un procès pour "apologie" du terrorisme ou l'accusation d'avoir chercher á  le rendre aimable, le metteur en scène, Renato De Maria, a choisi d'ouvrir son film sur une scène oú le "héros" est déjá  en prison et de le clore sur une autre oú il confesse "assumer juridiquement, politiquement et humainement ses actes".

Construit en flash-back á  partir de la journée du 3 janvier 1982, quand Sergio Segio (Riccardo Scamarcio) fit exploser un mur de la prison de Rovigo (Vénétie) pour en faire évader sa compagne, Susana Ronconi (Giovanna Mezzogiorno), La Prima Linea s'attarde sur le train-train du terrorisme (filature, attentat, planque). Un choix narratif qui, ajouté á  la sobriété de la mise en scène et au jeu retenu des interprètes, décourage toute forme d'empathie.

"Mes personnages voient le monde á  travers la vitre d'une voiture ou d'une cabine téléphonique", a insisté Renato De Maria pour souligner la distance qu'il avait voulu instaurer avec eux.

Trop de distance ? Pas assez ? Benedetta Tobagi a pris acte dans le quotidien La Repubblica que La Prima Linea n'était pas "une apologie" du terrorisme, avant d'ajouter : "C'est un film manqué, sans pensée ni clé d'interprétation." Elle a regretté l'impasse sur certains faits et la place prise par l'"histoire d'amour" entre les protagonistes.

De son cá´té, Sergio Segio a fustigé, lui, l'absence de référence au contexte historique qui aurait pu expliquer son engagement. Bref, encore trop romantique pour l'une et pas assez explicatif pour l'autre...

Quant á  la commission pour le cinéma du ministère de la culture, elle a enfin fait connaá®tre son avis, lundi 16 novembre, jugeant que Renato De Maria affronte avec "distance et une extráªme prudence le thème douloureux de la lutte armée".

Verdict ? "Le film a un caractère d'intéráªt national." Trop tard : le producteur Andrea Occhipinti, avait déjá  fait savoir qu'il refusait l'aide de l'Etat, estimant qu'il était temps d'oublier la polémique et de laisser vivre sa vie á  La Prima Linea, un film qui, selon Giovanna Mezzogiorno, raconte "trente ans d'histoire qui ne s'étudient pas á  l'école, mais qui ont fait de nous ce que nous sommes".

 


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